Par Julia Itel – Publié le 06/06/2025 (mis à jour le 08/10/2026)
Le 8 mai 2025, le cardinal Robert Francis Prevost est élu 267e pape de l’Église catholique. Il prend alors le nom de Léon XIV. Premier pape originaire des États-Unis et membre de l’Ordre de Saint-Augustin, il incarne un catholicisme social et missionnaire, visant à fédérer les régions du Nord et du Sud. Voici son portrait.
Qui est Léon XIV ?
Une enfance américaine au service de la foi
Robert Francis Prevost, surnommé « Bob », naît le 14 septembre 1955 à Chicago. Son père, Louis Marius Prevost, est un vétéran de la Seconde Guerre mondiale, aux origines française et italienne. Sa mère, Mildred Martínez, créole louisianaise, travaille comme bibliothécaire. La famille, qui réside à Riverdale au sein de la paroisse Sainte-Marie-de-l’Assomption, est composée d’une fratrie de trois garçons, dont Robert est le cadet.
Formation intellectuelle et théologique
Très tôt, ce dernier aspire à se consacrer à Dieu. Servant comme enfant de chœur dans sa paroisse, il entre à l’âge de 14 ans au petit séminaire Saint-Augustin (Michigan), dont il sort en 1973.
Il poursuit ensuite des études de mathématiques et obtient en 1977 un Bachelor of Science de l’Université Villanova, située près de Philadelphie et fondée au XIXe siècle par l’Ordre de Saint Augustin. Après une maîtrise en théologie à la Catholic Theological Union de Chicago, il complète sa formation par une licence (1984) et un doctorat (1987) en droit canonique à l’Université pontificale Saint-Thomas d’Aquin à Rome. Sa thèse porte sur le rôle du prieur local dans l’Ordre de Saint Augustin.
Engagement dans l’Ordre de Saint-Augustin
En parallèle de ses études, Robert Francis Prevost entre au noviciat de l’Ordre de Saint Augustin en 1977. Il prononce ses vœux solennels le 29 août 1981. Puis, le 19 juin 1982, il est ordonné prêtre.
L’Ordre de Saint-Augustin est un ordre religieux, fondé au XIIIe siècle mais puisant ses racines dans la spiritualité de saint Augustin d’Hippone (354-430). La vie religieuse des membres de l’Ordre repose sur la Règle de saint Augustin, qui place au cœur de la vie communautaire la charité et la quête d’une relation personnelle et intérieure avec Dieu. L’Ordre valorise également la recherche de la vérité, à travers un prisme intellectuel et théologique. Ainsi, contrairement à d’autres ordres purement contemplatifs ou vivant coupés du monde, les Augustins sont appelés à partager leur connaissance de Dieu à travers leur prédication, leur enseignement, mais aussi leur engagement missionnaire.
Un futur pape missionnaire : les années péruviennes
Conformément à la vocation augustine à laquelle il est dévoué, Robert Francis Prevost est envoyé en 1985 dans la mission augustinienne de Chulucanas au Pérou. Après un bref retour aux États-Unis, au cours duquel il est nommé promoteur des vocations et directeur des missions de l’Illinois, il repart au Pérou en 1988 dans la « ville de l’éternel printemps » : Trujillo.
Pendant plus d’une décennie, il y exerce diverses fonctions : prieur de communauté, directeur du séminaire des Augustins, professeur de droit canonique, de patristique et de théologie morale, curé dans les quartiers défavorisés… Activement engagé auprès des populations locales, il apprend même le quechua.
Du diocèse de Chiclayo au cardinalat
En 1999, Prevost revient aux États-Unis d’abord comme provincial de la province du Midwest des Augustins, à Chicago puis comme prieur général, un titre qu’il occupe durant deux mandats, de 2001 à 2013.
Le 3 novembre 2014, le pape François le nomme administrateur apostolique du diocèse de Chiclayo, au nord du Pérou. Il est ensuite consacré évêque le 12 décembre de la même année et prend son siège en septembre 2015. Il se fait naturaliser péruvien, conformément aux accords entre le Saint-Siège et le Pérou. En effet, ce dernier exige que les évêques soient de nationalité péruvienne.
Robert Francis Prevost joue également un rôle clé au sein de la Conférence épiscopale péruvienne, notamment en tant que vice-président et président de la commission pour l'éducation et la culture. Après avoir rencontré le pape François, en déplacement au Pérou en 2018, le 12 avril 2023, Prevost devient le successeur du cardinal Ouellet en tant que préfet du Dicastère pour les évêques et président de la Commission pontificale pour l'Amérique latine.
Finalement, le 30 septembre 2023, il est créé cardinal par le pape François. Il obtient alors le diaconat de l’église Santa Monica à Rome. Puis, le 6 février 2025, il devient cardinal-évêque du diocèse suburbicaire d’Albano.
Léon XIV, le 267e pape de l’Église catholique
Élection de Léon XIV
Le 8 mai 2025, 24 heures seulement après le début du conclave et à l’issue de quatre scrutins, Robert Francis Prevost est élu à l’âge de 69 ans, 267e pape de l’Église catholique. Prenant le nom de Léon XIV, il devient le premier pape nord-américain et le deuxième membre de l’Ordre de Saint-Augustin (après Eugène IV, ayant régné de 1431à 1447) à accéder au trône pontifical.
Choisi pour son profil « modéré », sa discrétion mais surtout pour son expérience du terrain, tant d’un point de vue des « périphéries » que de la Curie, Léon XIV représente un pape de « conciliation » dans une Église marquée par les tensions internes. Dans un contexte de polarisation entre courants conservateurs et progressistes, son élection a été perçue comme un geste d’apaisement. Son profil international, sa connaissance profonde de l’Amérique latine et sa loyauté aux réformes engagées sous François ont rassuré de nombreux cardinaux soucieux d’unité, une qualité chère à l’Ordre de Saint-Augustin.
Pourquoi avoir choisi le nom « Léon XIV » ?
Le pape Léon XIV s’est arrêté sur ce choix afin de rendre hommage à Léon XIII (1810-1903), ayant régné de 1878 à 1903 au Vatican. Léon XIII est connu pour son engagement en faveur de la justice sociale et des droits des travailleurs. Son pontificat est, en effet, marqué par la deuxième Révolution industrielle qui se déploie alors dans les pays occidentaux. Par la publication de son encyclique Rerum Novarum (1891), Léon XIII est ainsi connu pour avoir établi la doctrine sociale de l’Église en dénonçant les méfaits du capitalisme et l’exploitation des travailleurs. En promouvant le droit au repos, la limitation du temps de travail et un juste salaire, Léon XIII encourage les catholiques à s’engager auprès de syndicats, à défendre le droit des ouvriers mais aussi à créer une fraternité chrétienne entre les travailleurs et les patrons (Thomas Tanase, Histoire de la papauté en Occident, 2019).
En choisissant le nom de Léon XIV, le nouveau pape indique donc son intention de prolonger cet héritage. Il a ainsi déploré, lors de sa première messe dans la chapelle Sixtine, le recul de la foi au profit « d’autres certitudes comme la technologie, l’argent, le succès, le pouvoir ». Ce choix symbolique reflète également une volonté de continuité avec le pontificat de François, en mettant l'accent sur une Église attentive aux périphéries, engagée dans le dialogue et soucieuse de répondre aux défis du monde moderne.
Homélie du pape Léon XIV - 18 mai 2025
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Léon XIV en France
Une visite d'État très attendue
Annoncé par le Vatican en mai 2026, le voyage de Léon XIV en France constitue la première visite officielle d'un pape dans le pays depuis celle de Benoît XVI en 2008. En effet, si le pape François s'était rendu à trois reprises sur le territoire français (Strasbourg en 2014, Marseille en 2023, Corse en 2024), il n'a pourtant jamais effectué de visite officielle.
Le souverain pontife a ainsi répondu à l'invitation du cardinal Jean-Marc Aveline, président de la Conférence des évêques de France. Celle-ci a ensuite été relayée par Emmanuel Macron lors de sa rencontre avec le pape au Vatican en avril.
Placé sous la devise "Pour que le monde ait la vie", le voyage conduit le pape, du 25 au 28 septembre 2026, à Paris, Lourdes et Metz. La grand-mère paternelle de Léon XIV étant née en France, le pape, qui apprend au même moment le français, entretient un rapport particulier avec notre pays qui, lors de ces quatre jours de septembre, le lui a bien rendu... Selon les estimations relayées par la presse, quelque 1,3 million de fidèles ont ainsi suivi le pape.
Première étape : Paris (25-26 septembre 2026)
Le 26 septembre 2026, première journée du voyage papal en France, Léon XIV a rencontré les institutions. À l'Élysée, d'abord, il prévient des effets d'une laïcité trop stricte dont il rappelle que ce principe ne constitue pas, par définition, une exclusion définitive de la religion de l'espace public. Dans une allusion relativement explicite au texte adopté par le Parlement quelques mois plus tôt, qui crée un droit à l'aide à mourir, le pape souligne à maintes reprises au cours de la journée que la protection du droit à la vie fonde tous les autres droits humains.
Après s'être rendu au siège de l'Unesco, où il s'est exprimé sur l'intelligence artificielle, dont le sujet est au coeur de sa première encyclique Magnifica Humanitas, le pape Léon XIV a poursuivi cette première journée (en papamobile, bien sûr) par des vêpres à Notre-Dame de Paris qui ont réuni 800 000 croyants. Enfin, il a rejoint 80 000 jeunes au Stade de France pour une grande veillée de prière.
Le lendemain, le pape, lui-même petit-fils d'immigrés, s'est rendu à la Maison Bakhita, une association diocésaine de soutien aux migrants. À l'Institut catholique de Paris, le Saint-Père rencontre des catéchumènes, néophytes et leurs accompagnants, ainsi que les membres de l'assemblée synodale provinciale. Là, il se recueille discrètement dans la chapelle des Carmes. La deuxième journée s'achève avec la messe célébrée place de la Concorde où se pressent plusieurs centaines de milliers de fidèles.
Deuxième étape : Lourdes (27 septembre 2026)
Après la ferveur parisienne, Léon XIV gagne les Hautes-Pyrénnées afin de rejoindre le sanctuaire marial de Lourdes, toujours sous les acclamations des fidèles. Devant la grotte de Massabielle, où ont eu lieu les célèbres apparitions de la Vierge à Bernadette Soubirous, le Saint-Père se fait d'abord pèlerin. Dans le recueillement, il s'agenouille, touche la paroi du rocher et boit l'eau de la source, reprenant ainsi les gestes célébrés chaque jour par les visiteurs du sanctuaire.
Le dimanche est consacré aux plus vulnérables, c'est-à-dire les pèlerins malades ou en situation de handicap et les bénévoles et soignants qui les entourent, mais également les victimes de violences sexuelles dans l'Église. Léon XIV rencontre aussi à Lourdes les évêques de France et célèbre la messe sur la prairie devant plus de 150 000 personnes.
Troisième et dernière étape : Metz (28 septembre 2026)
La dernière journée du voyage pontifical prend une tonalité européenne. Le choix de Metz, ville de Robert Schuman, l'un des pères fondateurs de la construction européenne, repose avant tout sur l'intention d'inviter l'Europe à renouer avec ses fondements pour restaurer la paix sur le continent. Au Centre des congrès Robert-Schuman, il appelle ainsi à la paix et à l'unité en Europe, avant de terminer son voyage en France par une messe célébrée en la cathédrale Saint-Etienne.
La Minute Pape : Pourquoi le pape Léon XIV vient-il en France ?
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